- BRITISH -
Printemps / Été

Commençons par un point de linguistique : British ne signifie pas Anglais, ça serait 'English' ! British vient de Brittanique et donc s'applique à l'ensemble du Royaume Uni (Angleterre + Ecosse + Pays de Galles + Irlande du Nord).
Le style “british” en mode, c’est cette manière un peu magique qu’ont les brittaniques d’avoir l’air à la fois élégants, excentriques et négligés, comme s’ils avaient enfilé le premier truc venu, sauf que tout tombe impeccablement. Concrètement, ça repose sur quelques codes bien ancrés. Il y a une forte référence à la tradition de qualité, des costumes parfaitement coupés, des blazers à carreaux, des trenchs Burberry. Il y a souvent un mélange improbable comme associer un tweed de chasseur avec une chemise à fleurs ou des Doc Martens avec une jupe tartan. On peut y associer un côté “je-m’en-foutiste chic” : les cheveux décoiffés, les ourlets mal faits, les pulls un peu trop grands. Rien n’est trop lisse, sinon ce n’est plus 'British'.

Abordons un élément typique du style British, à savoir le tissus écossais. Le tartan, souvent appelé “tissu écossais”, est un motif textile composé de bandes horizontales et verticales qui se croisent pour former des carreaux colorés qu'on associe immédiatement aux Highlands et aux kilts. Des étoffes à carreaux existaient déjà en Europe avant même que l’Écosse moderne ne se forme, mais ce sont les clans écossais qui ont donné au tartan son identité culturelle la plus forte.
À partir du XVIIe et surtout du XVIIIe siècle, certains motifs commencent à être associés à des familles, des régions ou des clans. Après la défaite jacobite de 1746 à la Bataille de Culloden, le pouvoir anglais interdit même le port du tartan dans les Highlands afin de casser l’identité clanique écossaise. Ironiquement, cette répression a contribué à transformer le tartan en symbole de résistance et de fierté nationale. Au XIXe siècle, avec le romantisme et l’engouement de la monarchie britannique pour l’Écosse, notamment sous Queen Victoria, le tartan revient triomphalement à la mode. Chaque clan veut alors “son” motif officiel, parfois reconstruit ou carrément inventé pour satisfaire cette passion très victorienne pour les traditions soigneusement réarrangées.

Techniquement, le tartan est tissé selon un motif précis appelé “sett”, c’est-à-dire la séquence des couleurs et des lignes. Les couleurs avaient autrefois des origines pratiques liées aux teintures locales disponibles, même si beaucoup de légendes modernes exagèrent leur signification symbolique. Aujourd’hui, il existe des milliers de tartans enregistrés, allant des motifs traditionnels de clans aux créations pour entreprises, régiments militaires, universités ou événements.

Dans la mode contemporaine, le tartan dépasse largement le cadre écossais. On le retrouve dans le punk des années 1970, dans la haute couture, les uniformes scolaires, le style grunge des années 1990 ou encore les tendances “preppy” et alternatives actuelles. Des créateurs comme Vivienne Westwood ont contribué à transformer ce tissu traditionnel en symbole de rébellion autant que d’élégance. C’est ce qui rend le tartan intéressant aujourd’hui : il peut évoquer à la fois l’héritage, la provocation, le luxe ou le quotidien banal d’une chemise de flanelle achetée un samedi pluvieux. Un morceau d’étoffe capable d’être aristocratique et punk en même temps.

Toutes les photos sont de Kriss - Mai 2026 - Gorges de Daluis (Alpes Maritimes)